Trois animaux ont récemment
retenu l’attention du Nouvel Observateur. Chacun décline une version singulière
de l’entrée des bêtes dans l’histoire. Tout d’abord, un nouveau venu, un petit
rongeur de la famille des rats épineux vient d’être découvert dans les forêts
humides du Pérou. Il a aussitôt été doté d’une carte d’identité, sous le nom d’
Isothrix barbarabrownae, et d’une
biographie de ses ancêtres : terrestres à l’origine, ceux-ci auraient innové en devenant arboricoles.
Ensuite, les chimpanzés font
l’objet de nouvelles recherches pour déterminer l’origine du virus du sida.
Ce seraient les accidents de chasse à la machette qui seraient responsables de
la contamination des humains. Dans la mesure où ces chasses sont toujours
pratiquées, elles favorisent la possibilité de réinfections permanentes. La
santé des chimpanzés et celle des hommes sont devenues inextricablement liées.
Enfin, l’ours fait à nouveau parler
de lui. L’historien Michel Pastoureau remonte le temps pour essayer de
comprendre comment, du statut de roi des animaux, l’ours est devenu bête de
spectacle et de fêtes foraines avant de finir sous la forme d’une peluche dans
le lit des enfants. L’ours a bien changé. Mais pas seulement dans les
représentations, rappelle l’auteur, l’ours polaire est en de telles difficultés
pour survivre qu’il arrive aux mâles de dévorer les oursons. « En
historien de l’ours, j’en suis accablé. En citoyen de la planète, honteux et
désespéré. » Cette petite phrase dessine le véritable changement. Certes,
les ours se transforment sous l’influence des hommes. Mais le désarroi et la
honte des humains montrent qu’eux-mêmes traversent une étrange métamorphose
dans leurs relations avec les animaux.
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